J'avais SES de 8h à 9h, il n'y a rien eu de spécial, toujours cette sensation étrange, cette boule dans mon ventre...
De 9h à 10h j'avais un trou, je suis allée recopier mon histoire au CDI, et nous sommes sorties vers 9h50 pour essayer de trouver Stéphanie... comme on ne l'avais pas trouvée vers l'escalier du labo, nous sommes retournées tout droit vers les casiers, et on s'apprêtait à prendre à droite vers le CDI.
Et c'est à ce moment que je t'ai vu... enfin non... que je VOUS ai vu... je m'en suis encore voulu, parce que depuis la rentrée, j'ai l'impression de te croiser partout... je t'ai fixé, tu as dû me capter, mais sur le coup, moi, je pensais que mon imagination me jouait encore un tour...
La sonnerie...
C'est la récré, le hall se remplit en un clin d'oeil ; on cherche encore Steph dans la foule, quand j'aperçois Mathilde. Mathilde c'est une super bonne copine, on se dit bonjour, on discute un peu musique, muscu etc et elle finit sur un "tu as vu, il est là".
En l'espace de quelques secondes, tout se brouille, mes pensées se bousculent, mais je fais bonne figure, tout du moins, j'essaie... plus rien ne compte... Micha a trouvé Steph, moi je te cherche... tu peux être partout, j'ai peur que tu me vois, mais j'en ai envie, je veux absolument te voir, et pourtant j'ai la rage depuis la seconde où j'ai su que tu étais là. Je ne comprend plus rien à ce que je ressens, je ne sais même pas ce que je ressens c'est étrange comme sensation.
Tu es là.
Pas très loin, deux mètres derrière moi... mais tu n'es pas seul... forcément, ici c'est la réalité, pas le rêve que j'ai fais cette nuit... Tu n'était pas venu pour moi, je sais bien... mais je me suis surprise à l'espérer... tu n'as même pas imaginé une seconde que tu allais sûrement me croiser, j'en suis sûre... c'est pour ELLE que tu étais là... ELLE, par qui tu m'as remplacée, ELLE qui occupe toute la place dans ton coeur, qui autrefois m'était réservée... Vous étiez tous les deux... Mathilde est venue te dire bonjour, je l'ai suivie... je te jure, j'allais te dire bonjour, sauf qu'à ce moment, je vous ai vu, tous les deux...
et c'étais trop dur...
trop dur de supporter cette vision,
trop dur de te voir heureux avec une autre sûrement...
Alors, des larmes de rage me montant aux yeux, j'ai fais demi-tour.
Je sentais ton regard dans mon dos, c'était insupportable.
La sonnerie...
On a Anglais de 10h à 11h... je ne vais vraiment pas bien, je tremble de partout, mon coeur bat si vite qu'il me fait mal, je tiens à peine sur mes jambes et je vois trouble.
Il faut que je vois Caro, tant mieux, en anglais on pourra parler. Manque de bol, elle est en éval de sport. Il faudra attendre 13h avant de vider mon sac.
"Anne, ça va ?" je me réveille. C'est la prof qui m'arrache à mes pensées... "Non"... non ça va pas voilà. Oh et puis fouttez-moi la paix, j'emmerde personne là, si ?
La sonnerie...
11h... on a sport... il faut traverser le hall... Michaëlle me fait signe que tu es dans le coin. On pousse la porte, je lève les yeux... tu es là, à 20 cm de moi, je croise ton regard, je m'en vais... j'aurai peut-être dû te sourire au lieu de te regarder avec ces yeux, ces yeux noirs de fureur, et dans lesquels dansaient ma colère, ma haine, ma tristesse et mon amour, accumulés depuis si longtemps...
1h30 à regarder les éval de sport, et à réfléchir.
Ai-je rêvé ?
Es-tu vraiment là, où, des centaines de fois, j'avais cru t'apercevoir ?
On retourne au lycée vers 12h30.
On va à la cantine, ça va vraiment pas, j'ai pas faim, je n'arrive pas à avaler quoi que ce
soit... Les autres nous rejoignent vers 13h. J'attend que Caro et Micha aient fini de manger, et on s'en va... on va dehors, devant la grille.
Micha : "Anne, il est là-bas... ah non c'est bon il est rentré"
Moi "Qui ?"
...regard insistant de Micha...
"ah...."
Et j'explique à Caro...
On rentre, on va au foyer, à chaque aller-retour dans le hall on te croise... pardon on VOUS croise... toujours fourrés ensemble... comment veux-tu que je vienne ne serait-ce que te dire bonjour, si tu es toujours avec elle ? enfin bon, que je vienne ou pas, cela ne t'a fait ni chaud ni froid.
"Tu devrais l'oublier..."
Non.
La sonnerie...
On a allemand... ça va toujours pas... non non Caro t'inquiète, je ne me suis jamais ouvert les veines, je n'en ai a vrai dire jamais eu le courage... Je me remonte le moral avec les moyens du bord, phoques, manchots, banquise, et les dés dans la trousse de Caro...
La sonnerie...
2h de Philo... ça va vraiment, mais vraiment pas.
La sonnerie...
Je rentre chez moi, triste et déçue de ne pas t'avoir revu... une dernière fois... j'ai horreur de cette phrase...
Mais qu'est-ce qu'il t'a pris de venir ? non je sais pourquoi tu étais là...
Pourquoi ça m'a fait si mal de te voir...
Pourquoi aujourd'hui, à 19h26, mes mains tremblent encore...
Pourquoi j'envoie bouler mes amies alors que je sais qu'elles essaient de me supporter et que c'est dur parfois...
Pourquoi j'essaie d'être forte et de tout prendre sur moi...
Pourquoi je persiste à maintenir ma carapace fermée, alors que ce serait tellement plus simple de parler...
Pourquoi tant de choses en fait...
J'avais juré de ne plus aimer, parce que ça faisait trop mal.
Aujourd'hui ça recommence, et je refuse que cela se passe comme la dernière fois, je m'en suis trop voulu, trop longtemps, pour recommencer.
J'avais juré de ne pas être jalouse et de prendre sur moi, cependant quand je vous ai vu, je l'ai été, et plus que je ne l'avais jamais été.
Aujourd'hui j'en suis sûre, et je souffre encore plus.
Aujourd'hui tu m'as fait souffrir sans le vouloir...quoique...
Je me hais, je hais ce sentiment qui me transforme et fais de moi quelqu'un que je ne reconnais pas.
Je te hais pourtant je t'aime, je te hais parce que je t'aime, parce que tu as fait naître en moi un sentiment que j'avais oublié...
Je ne veux pas que ça se finisse comme ça, en s'ignorant, en se fuyant.

